fake news et intelligence artificielle, un danger pour la démocratie ?
Par Marc Hupel du pôle communication
En décembre 2025, une vidéo a été partagée et vue plus de 14 millions de fois sur le réseau social Facebook. On y voit une journaliste annoncer un « coup d’État en France dirigé par un colonel ». Cette vidéo était fausse, générée par l’intelligence artificielle depuis un compte au Burkina Faso. Relativement bien faite, elle a même inquiété un chef d’État africain qui a écrit à Emmanuel Macron pour lui demander ce qu’il se passait en France. Aujourd’hui, nous pouvons encore faire la différence. Mais demain, qu’en sera-t-il ? Pourrons-nous encore faire la différence entre le vrai et le faux ? Pourra-t-on croire ce qu’on entend, et ce qu’on voit ? En effet, les dangers liés à la génération de contenus bouleversent notre rapport à la preuve par l’image. Les entreprises de la Silicon Valley, par exemple, ont démocratisé la génération de vidéo de manière rapide, notamment par le biais de Sora, le logiciel d’OpenAI créateur de ChatGPT.
Qui n’a jamais été attendri en scrollant sur les réseaux sociaux par une vidéo d’animaux particulièrement mignonne, des chiens jouant entre eux, des chatons nombreux venant boire du lait devant le perron d’une maison ? Des vidéos souvent courtes, de quelques secondes. Ce n’est souvent qu’après la deuxième lecture de la vidéo que l’on commence à repérer des incohérences. Une patte qui a six doigts, un chaton qui disparaît subitement en passant derrière l’un de ses congénères. Tout cela trahit, encore aujourd’hui, l’utilisation de l’intelligence artificielle. Du côté de l’audio, les voix conservent encore parfois quelques difficultés à ne pas paraître robotiques dans leurs intonations ou leur respiration. Les lèvres également ne suivent pas toujours le rythme de la voix. Ces imperfections sont éphémères. Dans 6 mois, elles auront disparu. Chaque nouvelle mise à jour des logiciels rend l’algorithme infiniment plus puissant et les erreurs, autrefois faciles à repérer, deviennent de plus en plus indétectables. Ah, qu’il semble loin le temps de Will Smith en train de manger un plat de spaghettis !
À l’heure où j’écris ces lignes, n’importe qui peut produire une vidéo d’une personnalité politique ou scientifique tenant des propos scandaleux depuis son ordinateur. Que ferons-nous demain quand 6 scientifiques de renommée internationale affirmeront que la peste bubonique est de retour dans la société ?
Un doute permanent risque de s’instaurer. Un monde où les citoyens pourraient finir par rejeter toute forme d’information institutionnelle ou journalistique par simple principe de précaution.
Un autre danger majeur pour notre société sont les fake news. Elles ne sont pas nouvelles mais se sont multipliées depuis quelques années. Ainsi, il y a quelques mois, le vidéaste « Le Raptor » a diffusé une vidéo vue par près de 900 000 personnes qui avait pour objectif de dire enfin la vérité sur les mensonges du changement climatique. Son analyse s’appuyait sur de nombreux documents et ressources climatiques. En vérité, il s’agissait d’anciens rapports du GIEC complètement sortis de leur contexte et devenus obsolètes face aux données actuelles. La vidéo n’était qu’un tissu de mensonges, un domaine que le vidéaste, ancien spécialiste de la remise en cause du vaccin durant la crise sanitaire de la COVID-19, connaît bien…
Cette dérive ne se limite hélas pas à Internet. Sur les plateaux de TV, le mensonge et les raccourcis scientifiques sont parfois présents.
J’en prendrai pour preuve un extrait diffusé sur CNews le 6 mai 2019. Lors d’une émission consacrée à ce qui était ironiquement qualifié de refroidissement climatique (à noter que même mon correcteur orthographique voulait mettre « réchauffement » au lieu de « refroidissement »…), Pascal Praud s’est moqué du consensus scientifique en déclarant : « Le réchauffement climatique alors qu’il fait moins 3°C ce matin dans les Yvelines ».
Ici, l’ancien présentateur sportif fait une confusion grave entre climat et météo. Pour rappel, la météo est l’évaluation du temps qu’il fait ou qu’il va faire à très court terme. Elle se définit par des valeurs instantanées et locales de la température et des précipitations. La météo est sujette à des variations journalières. À l’inverse, le climat étudie les tendances moyennes et mondiales sur plusieurs décennies. Utiliser un refroidissement matinal pour invalider des décennies de recherches scientifiques, il fallait oser…
Autre extrait, même chaîne.
Le 25 février 2024, lors du programme « En quête d’esprit », un journaliste de l’émission a affirmé, graphique à l’appui, que l’avortement constituait la principale cause de mortalité dans le monde, en comparant avec des maladies mortelles et des accidents de la route. Cette présentation falsifiait grossièrement la définition même de la mortalité pour diaboliser un droit reconnu par la loi française.
Cette désinformation télévisuelle trouve d’ailleurs de puissants relais sur internet. Ce traitement fallacieux de l’IVG fait directement écho aux méthodes de plateformes en ligne comme . Sous une apparence très professionnelle de site d’information neutre et rassurant pour les femmes confrontées à une grossesse non désirée, il est en vérité géré par des militants et des membres proches de la Manif pour tous. Leur objectif est simple : pousser autant que possible les femmes à ne pas avorter. Ils jouent sur la peur de perdre le lien du couple, sur des risques d’impuissance, etc…
Les médias ancrés à gauche n’échappent pas au piège de la diffusion de Fake News. L’affaire de l’étudiant de Tolbiac, survenue au printemps 2018, en constitue l’illustration parfaite. Lors de l’évacuation de cette université parisienne alors occupée par des militants, une rumeur s’est propagée sur les réseaux sociaux. Elle affirmait qu’un étudiant avait été violemment frappé par les forces de police et se trouvait dans un coma profond.
La webtélé Le Média, très marquée à gauche, a rapidement relayé l’information. Sur son antenne, la rédaction a diffusé le témoignage d’une jeune femme, sans prendre le temps de recouper les sources ou de vérifier l’existence même de la victime auprès des hôpitaux.
Ce n’est qu’après une enquête plus approfondie d’autres journalistes, notamment des rédactions de Reporterre et de Libération, que l’on s’est rendu compte que cet étudiant gravement blessé n’existait tout simplement pas…
Au Parlement des Étudiants, nous croyons que la défense du droit d’avoir accès à une information de qualité et sourcée doit être notre priorité. C’est dans ce contexte que le samedi 11 avril, des étudiants venant de toute la France vont pouvoir se réunir à l’Assemblée Nationale pour une simulation parlementaire sur le thème de la Presse et des médias.


